Est-ce que vous avez des douleurs qui reviennent régulièrement ? Ou des douleurs installées depuis un certain temps, sans vraiment savoir d’où elles viennent ? Parfois, elles apparaissent, disparaissent, puis reviennent. On ne sait pas exactement quand elles se déclenchent ni pourquoi. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’elles sont là, de manière récurrente, et qu’elles finissent par devenir gênantes au quotidien.
Très souvent, ce type de douleurs dites « inexpliquées » ne viennent pas d’un seul endroit précis, mais de déséquilibres et de compensations que le corps met en place au fil du temps.
Dans cet article, je vais vous expliquer ces mécanismes, comment ils apparaissent, et pourquoi ils peuvent être à l’origine de douleurs persistantes ou chroniques. Pour cela, nous allons voir trois cas très fréquents, liés à différents systèmes et différentes situations de la vie quotidienne.
Avant d’entrer dans les exemples, il y a une chose essentielle à comprendre : le corps ne fonctionne pas pièce par pièce. On n’est pas un Lego ! Lorsqu’un endroit est déséquilibré, ce déséquilibre se répercute ailleurs, par l’intermédiaire des chaînes musculaires.
Un problème local peut donc avoir des conséquences à distance, parfois très loin de la zone initiale.
Premier cas très courant : la blessure. Il s’agit ici d’un cadre traumatique. Et un des exemples les plus communs, c'est l'entorse de cheville.
On se blesse, le pied part vers l’extérieur, la cheville est douloureuse... À ce moment-là, on ne peut plus appuyer normalement sur l’articulation. Le ligament est irrité, douloureux. Alors, sans même y réfléchir, le corps s’adapte : on va poser le pied différemment.
Mais dès que l’appui du pied change, quelque chose se modifie plus haut. Le genou va se placer différemment, certains muscles de la jambe vont se désengager, la hanche et le bassin se retrouveront moins soutenus... Et si le bassin n’est plus bien stabilisé, cela peut se répercuter :
sur les lombaires,
l'ensemble de la colonne vertébrale,
parfois sur le haut du dos,
voire sur les épaules, les cervicales ou la mâchoire.
Chez certaines personnes, une épaule va monter en compensation. Chez d’autres, ce seront plutôt des douleurs cervicales ou dorsales. Cela dépend de notre morphologie, de nos faiblesses, et de la manière dont notre corps est organisé.
Au départ, ces compensations sont normales. Le corps cherche toujours à fonctionner de la manière la plus économique possible. Pas forcément la meilleure, mais celle qui permet de continuer à vivre, à marcher, à travailler malgré la douleur.
Le problème, c’est lorsque ces compensations s’inscrivent dans la durée.
Après une entorse, une fracture, une opération ou un choc, si le corps n’est pas correctement rééduqué, les déséquilibres peuvent rester localement, mais aussi à distance, et sur le long terme. C’est ce qui explique que parfois, on se dit : « J’ai eu une entorse il y a dix ans, ça s’est bien soigné… » Et pourtant, dix ans plus tard, on a mal au dos.
Deuxième cas : il n’y a pas de blessure, pas de traumatisme particulier. Tout va bien en apparence. Mais la posture, elle, n’est pas équilibrée. Dans ce cas, l’origine de la douleur est clairement posturale. Elle s’installe progressivement, puis finit par s’ancrer.
Quand on se tient debout, certaines personnes mettent naturellement plus de poids sur l’avant du pied, sur les orteils. On est alors face à un déséquilibre postural, qui va induire des compensations musculaires. Dans ce cas :
les mollets sont en tension permanente,
les genoux avancent,
les orteils se crispent,
et les lombaires servent de zone de repos.
Avec le temps et la fatigue, le corps finit par se tasser : le haut du corps s’enroule un peu, les muscles des jambes et du dos soutiennent moins bien, et on finit parfois par plier les genoux pour soulager le dos, ce qui va créer encore d'autres compensations et une perte de force globale sur la durée.
Cette posture peut entraîner :
des tendinites du tendon d’Achille,
des aponévrosites plantaires,
des douleurs lombaires,
des sciatiques ou cruralgies,
parfois même une respiration moins efficace,
ou des tensions cervicales
Lorsque les appuis sont mieux répartis avec un peu plus de poids sur les talons, les pieds bien ancrés au sol, les quadriceps actifs, et les abdominaux toniques mais non crispés, il se crée un équilibre avant–arrière dans la musculature. Les os et les articulations subissent alors des contraintes plus équilibrées. Tout le monde travaille ensemble, et non en compensation les uns des autres.
Troisième cas très fréquent : la manière dont on utilise notre corps tous les jours (ou de manière très récurrente !). C'est le cas de nos activités quotidiennes (notamment le travail sur ordinateur ou l'usage d'écrans). Notre mode de vie nous amène souvent à rester dans des positions fermées avec les épaules enroulées, la tête projetée vers l'avant, et le cou comprimé.
On retrouve alors :
des douleurs cervicales,
des irradiations dans les bras (névralgies cervico-brachiales),
le fameux point douloureux entre les omoplates,
des tensions dans la mâchoire,
parfois des migraines.
Certains muscles sont étirés en permanence, d’autres raccourcis et crispés. Être étiré en continu, c’est comme retenir quelque chose sans jamais relâcher : au bout d’un moment, le muscle fatigue, tétanise et devient douloureux. Plus on reste dans cette posture, plus elle devient difficile à corriger, et plus les douleurs s’installent.
La bonne nouvelle, c'est que ça peut se contrer facilement, avec une activité physique adaptée et des renforcements musculaires ! Mais encore faut-il apprendre à connaître les bons mécanismes du corps et savoir les mettre en place pour les automatiser, et ne pas laisser les compensations prendre le pas dessus lorsqu'on commence (ce qui cause souvent les douleurs quand on se met au sport alors qu'on voulait juste se faire du bien !).
Dans ces trois cas, on retrouve le même mécanisme :
un déséquilibre initial (traumatique, postural ou lié à nos activités),
des compensations mises en place pour fonctionner,
puis d'autres déséquilibres et compensations qui s’inscrivent dans la durée.
C'est ce qui fait que les douleurs réapparaissent régulièrement ou s'installent dans la durée : parce qu'on revient solliciter les mêmes mécanismes (les mêmes déséquilibres et compensations) régulièrement. Ou parce qu'on revient titiller d'anciennes faiblesses qui se sont inscrites dans le corps, mais qui n'ont jamais été traitées en profondeur.
Et on ne fait pas toujours le lien avec ces mécanismes. D'où cette sensation de ne jamais en sortir, ou que ça s'est installé définitivement. Alors qu'avec quelques exercices bien choisis, ce sont des douleurs qui se traitent très bien, et disparaissent généralement en quelques mois !
Je vous propose un exercice très simple pour savoir si vos douleurs sont en lien avec votre posture !
Mettez-vous debout, pieds à largeur de hanches. Ne corrigez rien à votre position. Placez-vous comme vous le faites naturellement. Fermez les yeux et observez :
Comment sont vos appuis au sol ?
Plus de poids sur les talons ou sur les orteils ?
Sur les bords internes ou externes des pieds ?
Des tensions apparaissent-elles ?
Où exactement ?
Restez immobile une à plusieurs minutes. Observez sans chercher à modifier. Si des tensions ou des douleurs apparaissent progressivement, cela donne déjà une indication d’une problématique posturale ou compensatoire. Vous pouvez aussi observer votre équilibre : êtes-vous stable, ou ressentez-vous des oscillations ? L’équilibre fait pleinement partie des problématiques posturales.
Notez vos ressentis, et comparez-les dans vos activités du quotidien : font-elles ressortir certaines tensions ou douleurs que vous venez de noter ? Vous pouvez aussi faire le même test assis(e) ou allongé(e) !
Le but n’est pas encore de savoir précisément ce qui est faible ou sur-sollicité (c'est impossible avec la seule observation ici). Mais d’identifier où le corps révèle des tensions lorsqu’il ne bouge pas. Cela permet déjà de savoir s’il existe des compensations, où elles se situent, et si un travail postural ou de renforcement pourrait être pertinent.
Les douleurs ne sont pas toujours liées à une lésion visible ou récente. Elles peuvent être le résultat :
d’anciennes blessures,
de déséquilibres posturaux,
ou de nos habitudes quotidiennes.
Observer, comprendre et noter ces éléments est déjà un premier pas essentiel. N’hésitez pas à prendre un carnet et à noter :
quand les douleurs apparaissent,
dans quelles positions,
lors de quelles activités.
Ces informations sont précieuses, pour vous, mais aussi pour votre kiné ou votre médecin, afin de mieux comprendre l’origine des douleurs et savoir comment les corriger progressivement.
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